Retrouver la première partie de cette série de trois articles ici
Nous sommes donc le 3e jour de l’eBootcamp @Stanford, et après avoir rendu visite à de vibrantes startups et leurs équipes, ce sont 3 jours de conférences en tout genre qui attendent les 100 étudiants entrepreneurs émerveillés venus des quatre coins du monde. La plupart des conférences présentées ont été réalisées sous forme de keynote en grand amphi. Un passage évoque toutefois un workshop réalisé avec l’un des cofondateurs de LinkedIn.
La 2e partie de notre aventure dépeint donc la série de conférences réalisées par une 50 aine de personnalités de la Sillicon Valley: CEO, développeurs, VC, créateurs, professeurs, entrepreneurs, passionnés…
On ne reviendra pas sur tout, mais sur les quelques leçons, conseils et humeurs qu’on a pu recevoir là bas et qui valent le coup d’être partagées.
En introduction à toute cela, le speech de bienvenue est prononcé par Douglas M. Leone, associé chez Sequoia Capital (fond qui a investit dans Airbnb, Dropbox, Evernote, Google, Instagram, LinkedIn, PayPal, Youtube, Tumblr, Yahoo, YC ou encore Zappos). « Construisez-vous une vision, commencez petit et prévoyez les différentes étapes pour y parvenir », « si vous ne pouvez pas décrire votre produit en une phrase, il y a encore du boulo… », « Toujours se considérer comme un ‘perdant’ ou un ‘challenger’. Ca nous invite plus facilement à prendre des risques ».
C’est David Veenstra qui parlera en premier. Il nous livre ses quatre
leçons pour entreprendre: 1) Tout commence par l’observation d’une vraie douleur, plus encore que d’un besoin. Et il ne suffit pas d’entendre parler de cette douleur, de ce manque, mais il faut aussi le voir voire en faire l’expérience. En décrivant la situation, n’importe qui doit être capable de percevoir par procuration cette véritable douleur. 2) Tout est question d’expérimentation: il faut lancer un produit à moindre coût, itérer assez rapidement et en apprendre le plus de ses utilisateurs, pour s’améliorer en permanence. 3) Recruter des « A profile ». Si on recrute un « B profile », il recrutera lui-même un B ou un C profile. Viser haut dès son recrutement, que ce soit l’équipe ou le board. 4) Eviter les « distractions de la rumeur ». Ne pas se laisser distraire par ce que les gens disent de notre projet ou produit, en bien comme en mal. Savoir recevoir des feedbacks est important, tout n’est pas feedback, et avoir une vision claire dans laquelle on peut avoir confiance permettra de bien réaliser cette étape.
Vinod Khosla nous accorde ensuite une série de Q&A. Ce monsieur est le co-fondateur de Sun Microsystem, ou le « prolongement d’un projet d’étude ». Il préfèrera parler d’irrévérence plutôt que d’arrogance, dans l’attitude que doit avoir l’entrepreneur. Il faut se focaliser plus sur le fait de combattre la norme plutôt que de la mépriser. Toutefois il nous précise bien que « si l’on se contente de respecter l’autorité, on ne peut pas bien entreprendre. »
« Construisez-vous une vision solide, et gardez-la coute que coute, vous devez avoir une foi religieuse en elle. Il ne faut pas trop en changer, mais tout de même vérifier tous les 6 mois si elle convient toujours autant. » Sur cette culture du « fail », Vinod Khosla nous précise bien « Essayez puis échouez puis réessayez, mais ne faites pas semblant, et ne vous forcez pas à échouer ». Sur la récurrente paranoïa de l’entrepreneur de voir son idée reprise, Khosla nous rassure en nous disant qu’une « idée peut être copiée, mais pas son exécution sur les mois à venir ». Enfin, le célèbre VC nous rappelle que la plupart du temps, il ne regarde pas le ROI ni les prévisions financières. » Beaucoup de bon sens donc et de simplicité. Il apparaît que la vision est primordiale, et que c’est elle qui permet de garder le cap dans les méandres sinueux de l’aventure entrepreneuriale.
Piya Sorcar, CEO de TeachAIDS nous parle à présent de l’aventure de son projet amorcé à Stanford alors qu’elle étudiait les sciences du langage et le design. Elle nous raconte l’histoire de TeachAIDS, un logiciel éducatif pour enseigner ce qu’est le Sida, ses dangers et les moyens de s’en prémunir, en particulier dans les pays d’Afrique. Piya nous montre les défis qu’elle a eu à traverser, notamment pour réaliser un logiciel éducatif, ludique, accessible pour les jeunes enfants, mais en même temps sérieux vu l’importance et l’enjeu du sujet traité. Choix
des personnages animés, circulation du logiciel et d’un ordinateur parmi des villages africains etc… Tout est histoire d’itération, de partenariats, de collecte de feedbacks, d’audace… d’entrepreneuriat finalement. On apprend qu’un jour un chef de patrouille africain est tombé sur le logiciel, et qu’ayant appris un certain nombre de nouvelles choses, a décidé qu’il allait le diffuser à ses soldats, et de le montrer également à chaque village dans lequel il s’arrêtait. TeachAIDS est un mouvement, une nécessité, c’est un inspirant combat à mener et à entendre.
C’est Tina Seelig qui remplace la keynote de Guy Kawasaki, qui a malheureusement annulé sa présence. Tina Seelig est directrice du programme de création d’entreprises technologiques à Stanford. Ses domaines de prédilection sont les neurosciences, les nouvelles techno, l’entrepreneuriat, le design, l’innovation et la créativité. C’est sur ces deux derniers points qu’elle va discourir. Tina nous propose un framework du processus de créativité, auquel il peut être intéressant en tant qu’entrepreneur de se confronter. Tout tourne autour de trois éléments internes, connaissances – attitude – imagination et de trois éléments externes culture – ressource - habitat. Revenons sur deux points seulement, sur la connaissance: « Notre imagination est limitée par ce que l’on connaît », donc être créatif n’est pas simplement être imaginatif, et quand on parle de connaissance, il ne s’agit pas forcément des connaissances théoriques sur le domaine sur lequel on cherche à être créatif; et sur l’habitat: le lieu qui nous entoure doit stimuler notre créativité, que ce soient les meubles d’une pièces, les couleurs, les formes, notre esprit est perméable à tous ces éléments. « Quand on était au jardin d’enfant, nous dit-elle, on était dans environnement coloré, fun, et on nous faisait dessiner. On était dans un décor, un habitat qui poussait à la créativité. » Ah c’est donc pour ça qu’il y a des toboggans chez Google en fait…
C’est en petit comité que nous avons eu la chance de discuter avec Konstantin Guericke, Co-fondateur et ex-VP Marketing de LinkedIn, pour parler à la demande général des débuts de réseau social professionnel. Créé en 2003, donc avant Facebook, Konstantin nous parle des 100 premiers utilisateurs. Les cinq cofondateurs commencent à envoyer des invitations à leurs collègues pour voir ce qu’ils pensent de l’idée, et leur demandent à leur tour d’envoyer des invitations à leurs collègues respectifs. Le premier cercle répond plutôt favorablement, car bon, « c’est une idée de nos amis ou de gens de confiance avec qui on a déjà travaillé, alors pourquoi pas ». Mais l’extension est plus compliquée, car les individus répondent que « c’est certainement intéressant, mais ils feront ça plus tard », comprendre jamais. Pensaient-ils. Le déclic est venu avec les premiers cercles d’utilisateurs, à peine une centaine de profils, lorsque l’équipe de Konstatin plutôt que d’envoyer des invitations à rejoindre un site internet, décide de changer le discours en envoyant une invitation « à partager mon propre réseau professionnel avec vous ». Là les gens voyaient clairement la proposition de valeur, voyant l’inscription comme une opportunité à saisir, et c’est ainsi que les choses ont commencé à se débloquer. Pourtant, le site en lui même restait identique. C’est la vision qui a triomphé. C’est en sondant les premiers invités, sur leur réticence à s’inscrire, que LinkedIn a compris le discours à adopter. « Des petites décisions peuvent quadrupler votre société » disait Vinod Khosla, en l’occurrence le coefficient est un peu supérieur, puisque le réseau social profesionnel de Mountain View a vu s’inscrire son 150 millionième profil il y a peu. Bien sur, il n’y a pas que ça, mais Konstantin nous dit qu’il faut au lancement se préoccuper uniquement de la croissance de ses utilisateurs, et que si celle-ci est bloquée, il faut absolument chercher à comprendre pourquoi, être très réactif, et faire de petites expérimentations sur le produit, le discours etc…
Terminons cette série de conférences et de conseils par la keynote de Max Levchin, cofondateur et ancien CTO de PayPal, CEO de Slide (racheté par Google) et président de Yelp. L’histoire de Levchin parle et enseigne d’elle-même. Quatre startups, c’est le nombre de projets sur lesquels a travaillé cet immigré d’Ukraine, avant de travailler sur PayPal. Et ce furent quatre échecs. Imaginez un jeune américain d’à peine plus de 20 ans, après un quatrième échec, qui se dit qu’il va construire un système de paiement par internet au début des années 2000. Il faut une sacrée dose d’audace et de foi. Pour Max, le plus important c’est l’équipe. Mais contrairement à ce que l’on dit souvent, il est partisan d’une équipe homogène, de gens qui se connaissent bien. Si l’équipe de départ de PayPal était uniquement constituée d’hommes, c’est qu’ils étaient beaucoup trop nerd pour avoir seulement osé parler à une femme… Tous avaient le même background grossomodo, et Levchin de défendre cette homogénéité en disant que cela permet une meilleure communication dans l’équipe: les membres se comprennent plus vite, savent comment s’adresser les uns aux autres, quelles sont leurs préoccupations, plus on se connaît bien plus on peut anticiper les réactions des autres lorsqu’on brainstorm par exemple. La vitesse d’exécution doit être le principal avantage d’une startup par rapport à une autre structure, il faut donc appliquer cette façon de procéder dès le début. Toutefois, il faut bien distinguer ce qui est difficile à réaliser de ce qui a de la valeur; dans une startup, on aime bien en général associer les deux, ce qui n’est pas vrai dans l’absolu.
Un mot sur le fail spirit, « La Silicon Valley ne valorise pas l’échec, mais les leçons tirées des échecs », une nuance que Vinod Khosla avait pris soin de nous faire.
Enfin, Max Levchin conclue en précisant qu’il faut viser très haut dès le début (tout en commençant petit), car les efforts sont plus ou moins les mêmes selon que l’on vise haut ou pas, donc autant y aller à fond !
Prochain post à venir très vite, sur les quelques startups d’étudiants présentées lors de la compétition de pitch.
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